Un séjour à Essaouira

L'avis d'Oriane

Ce dimanche matin d’été, il pleuvait à torrent… Le ciel était triste depuis une semaine… Angel travaillait sur son ordinateur, alors que je n’avais pas goût à d’autres occupations, qu’à geeker sur ma tablette, allongée sur le canapé…
Oriane : Angel ! Regarde !
Angel : Hein ? Quoi ? Je suis concentré !
Oriane : C’est dimanche… On peut parler d’autre chose que de travail ? Regarde ces photos du Maroc ! Ces couleurs ! Cette lumière ! C’est Essaouira, un petit port de pêche agrémenté d’une médina fortifiée, une longue plage, animée de kitesurf et de dromadaires.
Angel : Ah oui ! Ca fait envie… Ca nous changerait de cette grisaille ! Ton passeport est toujours valable ? Tu peux poser quelques jours de congé début septembre?
Et c’est comme ça, sur un coup de cafard, qu’une petite escapade s’est décidée avec un vol Paris Agadir de Transavia, nous nous sommes téléportés au Maroc en 3H30.

Essaouira Maroc
Essaouira Maroc

Le pilote sur le vol retour : « Mesdames, Messieurs, à droite le mont blanc, à gauche Jean Michel Aulas, tout droit, la tour Eiffel et un peu plus loin Stockholm »
Durant ce vol aller-retour on a apprécié le professionnalisme de l’équipage, mais aussi son humour décalé! Un bon moment !

Essaouira Maroc
Aéroport Agadir Al Massira

Nous débarquons à l’aéroport d’Agadir : formalités d’entrée au Maroc, change de quelques euros en dirhams, et nous voilà face à une file de vieilles Mercedes blanches et jaunes portant l’indication « Taxi ».

Oriane : Bonjour Monsieur ! Vous connaissez la gare routière?
Le chauffeur : Bien sûr, montez !
Nous voilà partis dans une voiture très ancienne, sans ceintures de sécurité. Nous croisons des charrettes très chargées, tirées par des ânes ou même par des hommes à pied, des vélos, des sortes de triporteurs attelés à des remorques sur lesquelles on se demande comment le chargement arrive à tenir, des modèles de voitures et camionnettes que nous n’avions pas vu depuis les années 80, type R5, 4L, même R6 ! Et puis des piétons qui s’imposent pour traverser la chaussée au milieu de tous ces véhicules plutôt que de rallentir s’imposent à coup de klaxons…
Après 20 minutes le chauffeur nous dépose face à une grande gare routière. C’est le moment de se lancer pour traverser les 3 voies sans passage piéton qui nous séparent des comptoirs des compagnies de bus locaux.
Angel : Avance, Oriane ! Ne t’arrête pas comme ça au milieu de la chaussée ! Cours !
Oriane : Mais j’ai peur ! Attends-moi ! Ils ne me laissent pas passer !
Angel : Oui, c’est comme ça, il faut viser le creux dans la circulation et te faufiler au plus vite !
Arrivés sur le trottoir d’en face, avec l’impression grisante d’être déjà les rescapés d’une grande aventure, Angel consulte son smartphone grâce à une option 4G valable au Maroc, pour vérifier notre position.
Angel : En fait, nous ne sommes pas au centre d’Agadir, mais à Inezgane ! C’est la ville la plus proche de l’aéroport !
Oriane : Pourtant nous avons demandé la gare routière et ça y ressemble…
Angel : Ben oui ! Nous n’avons pas précisé : c’est donc la gare routière la plus proche.
Les bus partent d’ici aussi. Il y en a un pour Essaouira à 13H. On a 3H devant nous pour visiter le quartier.

Gare Bus Agadir
Gare Bus Agadir

Je m’aperçois que toutes les femmes sont couvertes : au moins des manches longues, une robe longue et un foulard. Alors je sors un châle de mon sac, juste pour couvrir mes bras nus.
En tournant dans le quartier nous arrivons dans un grand marché couvert typique, un souk coloré, bruyant et odorant ! Des monticules de légumes, fruits, graines, épices… des vêtements, objets de bazar… Mais aussi des viandes et poulets vivants, des pattes et scalps de chèvres… et puis, un stand de tajines préparés devant nous. L’odeur est un peu forte mais les couleurs et l’ambiance enchantent nos découvertes. Cette arrivée par Inezgane nous a directement plongés dans l’ambiance.

Depuis le bus nous admirons les longues plages de Taghazout, Immessouane, où se pratiquent le surf et le kitesurf, et découvrons la campagne aride recouverte essentiellement d’arganiers et qui abrite quelques petits troupeaux de chèvres avec berger et âne.

Enfin, Essaouira ! Avec nos sacs à dos, pas besoin de prendre un taxi depuis la station de bus pour rejoindre la médina.
Cette vieille ville aux maisons blanches et chaleureux riads, son port sur l’océan qui berce les barques bleues des pêcheurs, et ses remparts ocres entre lesquels la vie grouille de mille couleurs est un petit bijou. Essaouira a inspiré les peintres et attiré toutes sortes d’artistes. Surnommée « la petite Saint Malot marocaine » en référence à ses remparts, elle n’a rien de breton mise à part la douceur de son climat. Son identité traditionnelle marocaine est bien présente grâce à un artisanat bien représenté.

Essaouira
Essaouira

Nous avons choisis le joli riad Malaïka, rénové et décoré dans un style traditionnel marocain : des meubles en bois de thuya, un carrelage beldi, un patio autour d’une fontaine agrémentée de poteries anciennes, des murs en tadelakt et une jolie terrasse sur le toit. Un petit havre de douceur, parfait pour se relaxer après des visites dans l’effervescence de la médina. Et puis, sur réservation, on a pu y déguster une excellente cuisine de la gastronomie marocaine, fine, gouteuse, et belle. Bref, le riad Malaïka est un plaisir pour le corps, les yeux, le nez, les papilles et le cœur!

Mais ce serait mal nous connaitre que de croire que notre escapade allait se résumer à ce confort, voir ce luxe, qui malgré son côté traditionnel forme un réel contraste avec l’animation du dehors.

Nous commençons par aller découvrir les remparts de l’ancienne Mogador nommée ainsi par les marins portugais. Ils entourent la presqu’île rocheuse sur laquelle est installée la médina. Face à l’océan, un chemin de ronde, la sqala de la Kasbah défendu par une vingtaine de canons en bronze qui pointent entre les créneaux, nous offre un superbe spectacle : vagues qui se cassent sur les rochers, vols de mouettes et de hérons, piaillements qui les accompagnent, et embruns… Cet endroit est pittoresque aussi bien avec la lumière du matin, que le soir au coucher du soleil, qu’on admire sur l’océan.
Oriane : Quel plaisir de me blottir entre les murs d’un créneau pour lire dans ce cadre enchanteur !
Angel : Et quel plaisir de capturer les vagues et le jeu des mouettes en photos tout en écoutant la musique de l’océan !
Oriane : j’y crois pas, dans ce cadre, choisis par les artistes on deviendrait presque poètes…
Angel : mais il y a encore un peu de progrès à faire quand même, tu ne crois pas ?
Sous la protection de ces murs, la médina est entièrement piétonne. Redessinée à la fin du XVIIIème siècle par le disciple de Vauban, Théodore Cornut elle présente des rues rectilignes qui se croisent à angle droit. C’est à cette époque, qu’elle est devenue Essaouira, de « swira », « la bien dessinée » en langue berbère. Elle est aujourd’hui inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco.
Le plus simple pour la visiter, c’est de parcourir les axe principaux, l’avenue Oqba Ibn Naffi, l’avenue de l’Istiqlal puis la rue Mohamed Zerktouni, ponctuées de portes qui délimitent les différents quartiers et bordées de commerces colorés, mais surtout de se perdre dans les rues transversales et dans les souks qui sont rassemblés par spécialités : vêtements et tissus, épices, herboristes, bijoux, fruits et légumes, poissons, et même un marché aux puces local, la Jouteya. De jolies portes colorées, quelques places à ne pas manquer, comme la jolie place du marché aux grains même si on n’y trouve plus de grains, la place de ta tour de l’horloge, ou le souk Jdid, partagé entre marché aux poissons en son centre et échoppes d’herboristes qui vendent des remèdes miracles, autour.
Il faut aussi découvrir les artisanats : marqueterie de bois de thuya spécialité de la région, travail du cuir, percussions, tissage, bijoux en argent, fabrication de l’huile d’argan et de ses dérivés par les femmes berbères. Tout cela en poussant la curiosité dans les ateliers et commerces, mais avec la vigilance nécessaire pour ne pas acheter des produits qui n’ont rien d’artisanaux, mais fabriqués en masse spécialement pour les touristes naïfs que nous sommes. Normalement, en examinant de prêt les finitions, on arrive à reconnaitre la qualité.

Essaouira souk
Essaouira marché

Fatima, rencontrée sur le marché aux poissons, nous a emmenés dans une échoppe de la coopérative d’huile d’argan où elle travaille pour nous montrer les étapes et nous faire gouter les produits. Bien sûr, en nous proposant d’en acheter. Le prix était un peu élevé, mais on peut dire que c’est comme si on avait payé la démonstration ! Pour la marqueterie et les bijoux, une coopérative artisanale permet de voir le travail faits par les artisans selon la tradition et d’avoir leurs explications.

Essaouira artisanat bois
Essaouira artisanat bois

Pour les repas, rien de mieux que de tester toute sorte de restaurants : dans les moins chers, on peut manger un excellent tagine pour 40 à 50 dirhams (moins de 5 euros) par exemple chez Youssef au restaurant El Baraka :

ou un peu plus classe pour 100 dirhams (moins de 10 euros) chez Leila au restaurant Adwak :

Plus chic encore, jusqu’à 250 dirhams, Le Patio :

Restaurant essaouira
Restaurant Essaouira Le Patio

Dans cette médina d’Essaouira, la richesse des riads possédés le plus souvent par des étrangers, et l’effervescence des commerces alimentée par le tourisme, ne doit pas cacher la réalité. Plus on s’enfonce dans la médina en s’éloignant de la porte principale sur la place Bab el-Menzeh, ou en s’écartant des rues principales, plus on découvre la pauvreté dans laquelle de nombreux habitants vivent. La partie qui nous a le plus impressionnés est le Mellah, l’ancien quartier juif, presque entièrement détruit, où des miséreux vivotent comme dans les livres ou films qui nous racontent la vie au moyen âge. Dans cette partie de la vieille ville, on nous a déconseillé de s’y aventurer le soir.
Cependant, malgré le monde et la pauvreté, nous nous sommes sentis plutôt en sécurité. Pas d’incivilités, pas d’agressivité, des sourires et un accueil chaleureux des commerçants et habitants. Et puis partout, des chats, nourris par les habitants. Ils se prélassent et empêchent la prolifération des rongeurs qui pourraient être attirés par la nourriture et surtout les graines dans les marchés. Ce sont les chats d’Essaouira, l’une de ses multiples identités.

En sortant, le long de l’océan, deux directions s’offrent à nous : tout droit le port et sa sqala et à gauche la corniche et sa longue plage de sable fin, paradis des surfeurs et kitesurfeurs qui s’étend vers le sud.
Alors nous voilà partis vers le port… Au loin de belles barques bleues, quelques chalutiers un peu plus gros, des grues… Un joli petit port de pêche. Mais plus on s’approche et plus l’odeur est forte ! Passée la porte de la marine elle devient insoutenable ! Des filets étalés pour réparation, des étals de poissons en plein soleil et sans glace, au milieu du piaillement des mouettes pour lesquelles ce lieu est un Paradis. Mais le typique et le pittoresque du lieu, nous emmène jusqu’à la sqala du port, magnifique avec les portes bleues des box des pêcheurs au-dessus desquelles le ballet des mouettes est incessant et d’où la vue sur le port est imprenable.

Essaouira

Essaouira

Essaouira

Essaouira

Angel : tu prends beaucoup de photos, dis donc ! Tu n’es plus en apnée ? Tu n’as plus de nausées ?
Oriane : Ha oui, c’est vrai ! Je respire ! Je me suis habituée à l’odeur !
Angel : Yessss ! Ton appétit va revenir, on va pouvoir aller manger. Je te propose de rester dans le thème : allons manger un poisson grillé à la marocaine.
Oriane : …. Heu….
Angel : Allons-y, direction la médina, le marché aux poissons. On choisit notre poisson, on l’achète, puis on le porte au restaurant-cantine à côté qui nous le fera griller et nous fournira l’accompagnement.

Oriane : Ben finalement j’ai mangé, même si la propreté des tables et de la vaisselle aurait pu me faire reculer…
Angel : je suis fier de toi, finalement tu arrives à t’habituer à tout. Et il faut faire confiance aux chats ! Eux ils se régalent sous la table, et n’ont pas l’air malades ! D’ailleurs, avoue que c’était bon, ça aurait été dommage de se priver.

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